Par Rolain Mena Sakameso | Président de LRC | Secrétaire National Exécutif en charge de la Communication du MDCO
Je vais être direct.
Derrière certains raisonnements sur ce fait divers qui agite la toile — le médecin ayant frappé une patiente — se cache une fausse rigueur juridique, en réalité dangereuse, approximative et profondément inquiétante sur le plan moral. Je m’explique pour toi, ami lecteur.
Ceux qui se cachent derrière le droit pour légitimer l’inacceptable prennent des principes juridiques réels — état de nécessité, intention — et les tordent jusqu’à en faire un permis de violence. Non. Le droit n’est pas un alibi pour perdre son humanité !
Comparer une intervention médicale au fait de « casser une porte pour sauver un enfant » (eh oui, j'ai lu ça sur la toile) est intellectuellement très malhonnête. Une porte n’a pas de dignité. Une patiente, si. Une patiente n’est pas un obstacle à franchir ; c’est un sujet de droit, même en situation critique.
Et surtout, il y a une confusion grave : soigner sans consentement dans une urgence vitale peut être justifié, mais frapper une patiente, non ! Ce sont deux choses totalement différentes.
L’état de nécessité permet d’agir malgré l’absence de consentement quand la vie est en danger. Il ne permet pas de recourir à la violence physique comme moyen de contrainte. Sinon, on ouvre une porte extrêmement dangereuse. Demain, tout excès pourrait être excusé au nom d’une « bonne intention ».
C’est précisément pour éviter cela que le droit parle aussi de « proportionnalité ».
Frapper une femme qui vient d’accoucher, vulnérable et en détresse, ce n’est pas un acte médical. C’est une perte de contrôle. Et une perte de contrôle, par définition, n’est ni nécessaire, ni maîtrisée, ni juridiquement propre.
Quant à l’argument de « l’intention de sauver », il est trop facile. Avec ce raisonnement, il suffirait de dire « je voulais bien faire » pour effacer n’importe quel dérapage. Le droit est plus exigeant que cela : il juge aussi les moyens utilisés, pas seulement l’objectif poursuivi.
Enfin, qualifier ce médecin de « héros » est une dérive inquiétante. Un professionnel de santé peut avoir voulu sauver une vie et commettre une faute grave dans la manière de le faire. Les deux ne s’annulent pas.
Ce type de discours pose un vrai problème : il banalise la violence sous couvert d’intelligence juridique et méprise ceux qui rappellent simplement un principe fondamental : « On ne frappe pas une patiente, même pas avec des fleurs, point barre ! »
Le débat n’oppose pas les « émotionnels » aux « rationnels ». Il oppose ceux qui comprennent la complexité du droit dans toutes ses dimensions — y compris éthique — à ceux qui l’utilisent comme un bouclier pour justifier l’injustifiable. Et cela, ce n’est pas de la rigueur. C’est une dérive inquiétante !
RoMe Mena

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