Droits et Autonomisation de la Femme en RDC : Le Plaidoyer de Maître Serge Besoke Bakimo
Exégèse : L’intervention de Maître Serge Besoke Bakimo s’inscrit dans une démarche à la fois pédagogique et revendicatrice. En définissant l’autonomisation comme un processus de libération, l’auteur place la connaissance du droit au cœur de l'émancipation. Son analyse dresse une exégèse rigoureuse du cadre juridique, rappelant que l'égalité n'est pas une concession, mais une nécessité vitale pour l'avenir de la nation congolaise.
« Madame le conservateur des titres immobiliers, messieurs les chefs des divisions du cadastre, messieurs et mesdames les chefs de bureau, chers collègues, en ce jour de la clôture du mois dédié aux droits de la femme, nous allons chercher à analyser et à aborder l'évolution des droits de la femme et de la jeune fille en République démocratique du Congo. Chaque année, nous célébrons la journée internationale de la femme, la journée internationale des droits de la femme et par ricochet, les mois de la femme en République démocratique du Congo.
Cette année, le thème choisi au niveau international s'intitule « Droits, justice, actions pour toutes les femmes et les filles » et au niveau national, c'est-à-dire en RDC, porte sur l'autonomisation durable pour toutes les femmes et les filles en République démocratique du Congo.
Madame le conservateur des titres immobiliers, messieurs les chefs des divisions du cadastre, messieurs et mesdames les chefs de bureau et chers collègues, nous avons voulu commencer par la définition du mot « autonomisation », qui veut dire un processus par lequel une personne ou une collectivité se libère d'un état de sujétion, elle acquiert la capacité d'user de la plénitude de ce droit, s'affranchit d'une dépendance d'ordre moral ou intellectuel. Nous nous sommes dit pour qu'une personne acquiert la capacité d'user de ce droit, elle doit d'abord le connaître. Ce qui nous amène à parler des différents droits protégeant la femme, lesquels il y en existe plusieurs à savoir :
1. La Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, considérée comme la charte internationale des droits de la femme. Elle a été adoptée par l'ONU en 1979, entrée en vigueur en 1981 et ratifiée par la République démocratique du Congo à l'époque Zaïre en 1985. Elle oblige les États ratificateurs à éliminer les discriminations dans tous les domaines.
2. La loi n°15.013, portant modalité d'application des droits de la femme et de la fille, du 1er août 2015 en RDC qui a pour but la promotion de l'équité des genres et de l'égalité des droits des chances et des sexes dans toute la vie. Elle vise le respect de la femme de son intégrité, de la vie physique et à la sécurité de sa personne.
3. La Convention sur le droit politique de la femme de 1953, le droit de vote et d'éligibilité.
4. La Convention sur le consentement au mariage, l'âge minimum du mariage et l'enregistrement du mariage de 1970 adopté en 1964, encore en vigueur, qui lutte contre le mariage forcé et précoce.
5. La Convention sur la nationalité de femmes mariées de 1957, l'indépendance de la nationalité.
6. La Déclaration sur l'élimination de la violence à l'égard de femmes de 1993 reconnue par les Nations Unies.
Pour ne citer que celles-là, nous nous posons alors les questions suivantes : Avec toutes ces prérogatives, toutes ces lois, pourquoi la femme subit-elle encore jusqu'à ce jour la discrimination ? Pourquoi la jeune fille est-elle encore victime de violences ? À toutes ces questions, la réponse consiste à ce qu'elle est tout simplement ignorante de ses droits et notre société n'est pas en mesure de garantir les droits fondamentaux de femmes et de filles.
Pour ce faire, nous exhortons aux autorités et plus particulièrement à son Excellence Madame la Ministre du Genre et Famille de procéder aux devoirs ci-après :
- Premièrement : D'organiser des campagnes de sensibilisation et de formation dans le but de changer les mentalités des femmes afin de promouvoir leurs droits et leurs revendications sans toutefois attendre que cela vienne des hommes, c'est-à-dire car l’éveil de conscience de la femme ne suffira que par la femme elle-même.
- Deuxièmement : De renforcer les capacités en formant des femmes actrices sur le terrain pour l'apprentissage d'une meilleure prise en charge des questions sur les genres, c'est-à-dire des formations qui sont centrées sur l'égalité dans la conception homme et femme pour que celles-ci comprennent qu'elle est responsable de sa propre réussite autant que l'homme.
- Troisièmement : Égalité des chances, c'est-à-dire emploi, santé et éducation.
De nos jours, de plus en plus de femmes et de filles étudient et ont la possibilité d'émerger dans leur carrière : femmes conservateurs de titres immobiliers, médecins, ingénieurs, géomètres, avocates, magistrates, etc. et la liste n'est pas exhaustive. Cependant, il y a encore un grand travail à faire surtout pour la conscientisation de la jeune fille qui doit comprendre que le monde évolue et qu'elle ne doit pas attendre que ce soit l'homme qui oriente sa vie.
Pour clore cette réflexion, Madame le conservateur de titres immobiliers, monsieur le chef des divisions du cadastre, messieurs et mesdames les chefs de bureau et chers collègues, la République démocratique du Congo, notre pays, a besoin d'hommes tout comme de femmes pour le plein développement de la nation toute entière et ces derniers doivent apprendre à conjuguer leurs efforts communs pour créer un avenir radieux, plus juste et plus serein.
De ce fait, invitons tous les acteurs du développement et de la culture d'accompagner cet effort collectif qui a pour but de créer un environnement propice, plus juste et égalitaire aussi pour tous les hommes que pour toutes les femmes et jeunes filles en RDC. Vive la République démocratique du Congo, vive l'égalité hommes-femmes. Nous vous remercions. »
”Conclusion : Ce vibrant plaidoyer rappelle que l'égalité n'est pas qu'une question de textes de loi, mais une question de culture et de volonté collective. Maître Serge Besoke Bakimo pose ici les jalons d'un dialogue nécessaire pour une société congolaise plus équitable.

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